Les étoiles filent toujours trop vite

L’autre jour, je me suis mise devant la télé. Il devait être 10h environ. Je ne regarde jamais la télé le matin. Soit parce que je suis au boulot, soit parce que j’ai autre chose à faire. Mais ce matin là, j’avais envie de faire la loutre dans le canapé avec mon thé Twinings et mes Petits Lu. Je ne savais pas que j’allais ainsi bouleverser ma journée et les suivantes. J’ai rapidement zappé sur la 2 parce que c’était l’heure de C’est au programme, l’émission de Sophie Davant. C’est pas pour la voir elle que je regarde de temps en temps. C’est pour voir Anne-Marie Revol, la chroniqueuse société. Anne-Marie je la connais. Un peu. Même si on ne se voit que rarement, je pense souvent à elle parce qu’elle a eu un rôle important dans ma vie.

En 2006, j’ai fait mon stage de fin d’étude à la rédaction de C’est au programme. Malgré l’excitation de travailler dans un grand groupe, ce stage s’annonçait un peu ennuyeux. Les stagiaires étaient cantonnés aux rôles de standardiste, assistant et dactylo. Pas très excitant tout ça. Et puis un jour j’ai vu arriver une jeune femme pétillante dans la rédaction. Je me rappelle ses escarpins rouges à talons de 12 et mon admiration immédiate pour elle. Pas seulement pour sa stabilité impressionnante sur d’aussi hauts talons hein, mais aussi et surtout pour sa bonne humeur, sa sympathie, son sourire, sa spontanéité… et sa sublime robe marine JP Gaultier. Un coup de foudre professionnel. J’ai su que mon stage allait prendre une autre tournure avec elle et j’avais vu juste.

Elle m’a prise sous son aile. Elle m’a emmenée en reportage à l’ambassade de Grande-Bretagne, je l’ai accompagnée dans les studios de montage, je l’ai assistée sur le plateau de l’émission. J’étais un peu devenue sa stagiaire particulière et ça me plaisait. Je me sentais bien avec elle, elle me donnait confiance en moi, me motivait, me rassurait. Elle a pris le temps de m’apprendre son métier, elle m’a communiqué sa passion pour le journalisme et pour les gens. Parce que oui, Anne-Marie est une femme qui aime la vie et les gens. Elle aime les écouter, leur poser des questions, les faire rire, les faire se sentir extraordinaires le temps d’une interview ou d’un café. C’est une femme généreuse, heureuse et une maman épanouie qui ne manque pas une occasion de parler de sa petite Pénélope. Quand j’étais à France 2, Pénélope était toute petite, elle devait avoir 5 ou 6 mois je crois. Je l’ai rencontrée à trois reprises. Un joli bébé souriant, aimé et aimant. Le petit bijou d’Anne-Marie et de Luc, son mari. Mon stage a pris fin. J’ai dit au revoir à Anne-Marie et surtout merci. Et on s’est promis de se revoir. Nous nous sommes revues deux fois seulement mais nous restions en contact par mail. On se donnait des nouvelles de temps à autre, rien de régulier, toutes deux prises par nos vies parisiennes.

Un an plus tard, en 2007, j’ai appris par hasard qu’Anne-Marie attendait à nouveau un bébé. J’ai vu son joli ventre rebondit à la télé. Elle paraissait sereine, heureuse et fière de ses formes de future maman. Je me suis empressée de lui envoyer un mail pour la féliciter. Elle a accouché quelques mois plus tard d’une deuxième fille, Paloma, que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer.
Les jours passent, les semaines, les mois. Je pense de temps en temps à Anne-Marie. A son mari et à leurs deux petites filles. Je les imagine tous les quatre heureux dans une maison pleine de rires et d’amour. Ils vont si bien ensemble Luc et Anne-Marie.

Un jour d’octobre 2008, je me dis que cela fait longtemps que je n’ai pas eu de nouvelles. Je ne sais pas ce qui me passe par la tête mais je décide de faire une recherche sur Google. Je tape son nom dans le moteur de recherche pour voir s’il y a quelque chose sur son actualité professionnelle. Non il n’y a rien sur son actu professionnelle. En revanche son nom revient à plusieurs reprises sur des sites d’information. Dans les faits divers. Ce n’est pas normal. Je tremble. Je vois les mots «drame», «incendie», «fillettes». Je n’ose pas cliquer pour en lire d’avantage. C’est quoi ce bordel ? Pourtant je dois me rendre à l’évidence. Pénélope et Paloma sont mortes.

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Je suis devant ma télé avec mon thé et mes petits gâteaux, il est 10h passé. Je vois Anne-Marie sur mon écran, en face de moi, toujours aussi souriante. Elle aime son métier et ça se voit. Elle est en train d’interviewer l’astrologue Nitya Varnes qui vient de publier le livre Tous nés sous une bonne étoile. Je ne suis généralement pas très réceptive à ce genre de théorie mais Anne-Marie parvient à éveiller ma curiosité. Elle me donne envie de lire ce bouquin. Elle est très forte pour communiquer son enthousiasme.
J’écoute d’une oreille la télé tout en pensant à la machine que je dois étendre quand Sophie Davant lâche cette phrase : «J’en profite pour dire qu’Anne-Marie a publié un très beau livre qui a aussi le mot étoile dans son titre et qui vient de remporter le Grand Prix des lectrices de Elle». Ok. Je comprends tout de suite. Je me précipite sur internet, tape «etoiles anne-marie revol» et trouve ce que je suis venue chercher. Anne-Marie a écrit un livre sur ce qu’elle a vécu, sur le drame de sa vie, sur la disparition de ses deux petites filles, Pénélope et Paloma. Je m’en veux. Comment ai-je pu passer à côté ? Je lis des interviews et des critiques. Il y en a beaucoup. Il y a même des vidéos de ses interventions sur Europe 1 et dans le journal de France 2. Je n’ai désormais qu’une obsession : acheter ce livre. Il le faut. Les critiques sont unanimes : pas de voyeurisme, pas de complaisance. Il est juste beau.

Ce livre je l’ai lu. Presque d’une traite. Pas tout à fait car j’ai du reprendre mon souffle à plusieurs reprises. Le genre de livre qu’on lit sans voir le temps passer. Seuls les grognements de l’homme allongé à nos côtés et qui souhaiterait qu’on éteigne la lumière nous rappellent à la réalité. Notre réalité. Ce livre rassemble les lettres qu’Anne-Marie a écrit à ses filles pour leur raconter la vie sans elles, la vie après elles. Des lettres remplies d’émotion, déchirantes de sincérité, criantes d’amour et d’injustice… que j’ai dévorées.

Je ne parlerai pas plus ici du contenu de ce livre. Parce que je n’y arrive pas. J’ai cherché les mots mais ils ne viennent pas alors je vous laisserai le lire. Ce que je peux vous dire c’est que ce livre n’est pas un long cri de douleur. C’est un joli message d’espoir, follement bien écrit, dont les notes d’humour nous prouvent qu’Anne-Marie a conservé l’envie de vivre sa vie. Si au début, j’avais honte d’esquisser parfois un sourire sur un sujet si grave, je me suis dit que c’était peut-être ce que voulait Anne-Marie. Ne pas verser dans le pathos mais raconter la vie comme elle est avec ses hauts et ses bas.
Parce que la vie reprend son cours tant bien que mal. Parce qu’il y a les amis et la famille qui sont là, trop pressants ou trop présents, mais là. Parce que continuer à vivre, c’est continué à faire exister Pénélope et Paloma, ses deux petites fleurs qui ont certes eu des vies trop courtes, mais des vies heureuses.

Paloma et Pénélope sont mortes à l’âge de 14 et 26 mois dans un incendie le 11 août 2008. Anne-Marie a écrit ce livre pour qu’on ne les oublie pas. Et c’est le cas. J’ai l’impression de les avoir connues. Quand je pense à elles, j’imagine Paloma riant aux éclats en sautant d’un muret chez ses grands-parents. J’imagine Pénélope choisissant la robe et les bijoux que va porter sa maman ce matin.
Et puis je n’oublierai jamais cette date du 11 août. Après avoir lu ce livre, je devais savoir : qu’est-ce que je faisais moi le 11 août 2008 ? J’étais où quand tout ça est arrivé ? Je suis allée fouiller dans mon placard à carnets, j’ai retrouvé mon agenda 2008 et je l’ai feuilleté jusqu’au mois d’août.

Le 11 août 2008, j’ai travaillé le matin et j’ai sûrement profité du soleil l’après-midi dans le parc près de chez moi. Une journée d’été ordinaire.

Le 11 août 2011, j’ai pensé à Anne-Marie, à Luc, à Pénélope, à Paloma et à Lancelot, le petit dernier. Une journée d’été presque ordinaire.

Nos étoiles ont filé d'Anne Marie Revol - Editions Stock


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9 réflexions sur “Les étoiles filent toujours trop vite

  1. Bravo pour cet article, j’ai une grande admiration pour Anne-Marie Revol. Je suivais ses chroniques a France 2 et j’ai aussi vu son ventre s’arrondir au fil des émissions et ses joues aussi d’ailleurs…. ça lui allait tellement bien. Une joie de vivre incroyable, quelqu’un dont je suis sure que je prendrai beaucoup de plaisir a connaître, elle respire la bonne humeur et chose rare, elle valorise les gens.
    J’ai lu son livre des sa sortie, d’un traite avec un mouchoir… puis deux … puis le paquet… mais j’ai quand même fini par sourire a la fin, ça me parait fou de dire ça mais oui, j’ai finis en esquissant un sourire et en me disant quel courage, …bref, ce livre n’a, depuis, pas quitté ma table de chevet et j’en relis tres souvent quelque passage au hasard, non pas que j’aime me faire du mal mais c’est un tellement bel hommage que je me dis qu’a ma manière je fais en sorte qu’on pense a penelope a paloma que j’aurais tant aimé connaitre aussi. Je ne compte plus le nombre de copine parti acheter le livre tant je leur en ai fait l’éloge.
    Anne-Marie a tres gentiment répondu a un message que je m’étais empressé de lui envoyer via facebook, et cela m’a vraiment beaucoup touché.
    J’espere qu’un petit quatrième viendra éclairer encore plus leur foyer. J’embrasse tres fort ce couple admirable et Lancelot. Bises, Céline.

  2. Je ne connais pas cette journaliste mais tu m’as donné envie de lire son livre. Tout à fait le genre de témoignages forts que j’aime, certainement pas par voyeurisme mais parce que tout simplement ils nous aident à vivre.

  3. @ Celine B : Nous partageons toutes deux beaucoup d’admiration pour Anne-Marie ! Pour la connaître un peu, je confirme que c’est une femme généreuse, pleine de vie et follement attachante. Son livre se lit d’une traite et comme toi, je relis de temps en temps quelques passages parce qu’ils sont beaux et parce qu’on a du mal a refermer ce livre une fois pour toute.

    @ Hortense : Merci beaucoup ! Tu me diras ce que tu en as pensé si tu l’achètes.

    @ Céline : c’est exactement ça, ils nous aident à vivre. Et à faire vivre encore un peu ceux qui nous ont quitté. Impossible d’oublier Pénélope et Paloma, une fois ce livre lu; elles sont et restent dans un coin de notre tête pour très longtemps.

  4. moi aussi tu m’as vraiment donné envie de le lire, j’ai l’impression que depuis que je suis maman je suis complètement à fleur de peau sur tous les sujets mère-enfants alors qu’avant pas du tout mais alors pas du tout c’est trop bizarre.

    Et aussi, tu écris très bien c’est un très bel article!

  5. @ Eve : Tout pareil. Je suis beaucoup plus sensible à tout ce qui se rapporte aux relations mère-enfant depuis que je suis maman. Forcément, on essaie de se mettre à la place des gens, on imagine le pire, on espère que cela ne nous arrivera jamais, on se demande comment les gens peuvent survivre au décès d’un enfant ou de deux dans le cas d’Anne-Marie.
    Si tu peux, lis ce livre, il donne beaucoup de jolies réponses sur la vie qui doit continuer malgré tout.

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