3 ans, jour pour jour

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Il y a trois ans, je m’installais sur le canapé pour regarder The Ghost Writer à la télé.
Je me suis allongée maladroitement, j’ai demandé à l’Homme de me donner le plaid qui était à mes pieds, et que donc je ne pouvais voir, et j’ai réclamé un sirop de grenadine. Au milieu du film, je me suis endormie mais je ne l’ai pas dit. J’avais manqué un moment clé pour comprendre le dénouement mais j’ai fait comme si. J’ai aussi fait comme si je ne sentais pas cette petite douleur dans les reins. Toute petite. Minuscule. Vraiment pas grand chose.

A la fin du film, je me suis levée pour aller me coucher, ce qui représentait environ 20 pas. Mon Pékin Express à moi. En me déplaçant j’ai remarqué que mon centre de gravité, à force de tendre vers l’avant, allait bientôt frôler le sol. J’ai fait glisser mon pantalon sur mes chevilles, j’ai soulevé mon t-shirt et je me suis regardée dans le miroir. Je me suis dis que la nature était drôlement bien faite et j’ai remercié le dieu des vergetures de m’avoir épargnée. Je l’ai aussi prié de faire de même les 15 prochains jours. On est prêt du but, ce serait dommage de tout gâcher maintenant.

Dans la nuit, la petite douleur est revenue à intervalles réguliers
. Dans ma tête je savais mais je voulais être sûre. Je voulais éviter de faire comme il y a une semaine. Aller à la clinique à 6h du matin parce que je pensais avoir perdu les eaux. « Non non madame c’est juste une fuite urinaire » « Ah vous êtes sûre ? Parce que j’ai fait comme c’est écrit sur les forums… Je me suis assise puis relevée plusieurs fois et ma culotte était encore mouillée… ». Au bout de quelques heures, j’ai réveillé l’Homme et je lui ai annoncé que cette petite douleur au creux de mes reins allait jouer à chamboule-tout dans nos vies. On était le 1er avril 2011.

Bain. Spasfon. Respiration. J’ai mal emmène moi à la clinique, maintenant. La petite douleur Je me suis coupée un ongle trop court ouille s’est transformée en Je viens de me cogner le petit orteil contre un pied de table puissance 10. A chaque contraction, je me paralyse à l’extérieur, je m’emballe à l’intérieur. Je ne suis que contradictions. J’ai peur et je suis heureuse. Je m’inquiète et je suis sereine. Je veux que ça aille vite et je veux que ça dure. Je ne parviens pas à expirer comme il faudrait. Bordel mais c’est pas comme elle a dit Laurence Pernoud dans son livre, on m’a menti. J’ai mal, vraiment mal. Bordel mais c’est pas comme à la télé, on m’a trahie.

Ok j’ai compris, tu veux sortir. Ça tombe bien parce que moi aussi j’ai bien envie que tu sortes parce que si tu restes, je vais tuer ton père qui pourtant n’a rien demandé et rien fait de mal. Il est là, à mes cotés. Il ne sait pas trop quoi faire pour me soulager. Par contre s’il me demande encore une fois « Tu as une contraction là ma chérie? », je pense que tu ne connaitras pas ton papa.

On va à la clinique. On m’accueille, on m’installe, on est sceptique. J’explique, je fais comme si tout allait bien quand j’ai une contraction, je garde le sourire pour ne pas embêter trop les gens. Je suis comme ça, je n’aime pas faire de vague même si à l’intérieur c’est un tsunami qui agite tous mes organes. On m’ausculte et on me dit « Hum… Votre col est complètement fermé, verrouillé, c’est Guantanamo ici ! Non ce ne sera pas pour aujourd’hui, c’est un faux travail ! ».
Alors comme ça tu travailles au noir ? C’est un emploi fictif, du travail dissimulé. Je t’abrite depuis 8 mois et demi a titre gratuit, j’assure le gite et le couvert, je maintiens une température idéale chez toi et tu me remercies en faisant semblant de travailler ? Non vraiment ce n’est pas très sérieux. Je suis dépitée. Rien ne me soulage. Ni les spasfon, ni les mots doux de mon mari, ni la perspective de notre future rencontre.

« Votre médecin est ici, il termine une césarienne et je lui dis de venir vous voir ». Bien. Ça me va. Il est grand, fort et rassurant. Il salue mon mari, m’embrasse sur la joue et me lance « Bah alors ma jolie, qu’est ce que vous faites ici ? ». J’ai mal. Respirez lentement, ça va passer. Elle est dans quelle position déjà ? Elle s’est retournée il y a 15 jours. Ah oui c’est vrai, c’est dommage, j’aime bien les accouchements par le siège mais c’est rare. Je sais docteur. Du coup, moi aussi j’étais un peu déçue quand je l’ai sentie faire des galipettes de compet quelques semaines auparavant. Je savais qu’il allait être un peu triste.
La sage-femme me propose un ballon. Pardon ? Un ballon ? Je veux bien oui merci, pour te l’envoyer dans la tronche. Pardon, je suis non-violente et aimable d’ordinaire. Sauf si tu te plantes au milieu des escalators sans avancer. Et bien son histoire de ballon, ça m’a fait le même effet. Désolée, c’est juste que là vraiment je n’en peux plus. Je prends quand même le ballon, je m’assoie, je fais rouler mes hanches dessus, ça me soulage un peu. « Et bien vous voyez ! Vous pouvez rentrer chez vous et si ça ne va pas, vous revenez. » Je ne veux pas déranger alors j’acquiesce. C’est son boulot, si elle pense que c’est un emploi fictif, elle a surement raison. Je ne veux pas risquer la prison, je marche droit moi, je ne déborde jamais du cadre, je fais ce qu’on me dit.

Bain. Spasfon, respiration. Les contractions s’amplifient. Au bout de quelques heures, je craque. Ramène-moi à la clinique, maintenant. Je suis sûre que le col est ouvert, ça ne peut pas en être autrement. On m’ausculte à nouveau « Ah oui c’est ouvert de 0,5 cm ! ». Victoire, tu as bien travaillé. A partir de ce moment, les sages-femmes sont adorables. On me choie. On s’enquiert de la douleur. Est-elle supportable ? Le lit un peu plus incliné ? Tout va bien se passer. Plus personne ne veut me renvoyer chez moi. Je ne suis plus un dealer de faux papiers, un marchand de sommeil sans scrupule, un patron hors-la-loi qui fait travailler au noir. Je suis une future maman qui ne sait pas trop à quoi s’attendre. Une future maman normale.

Les heures passent. Pourquoi c’est si long ? Pourquoi tu ne veux pas ouvrir mon col ? En même temps, si tu tiens de moi, normal que tu sois encore sur le pas de la porte en train de chercher tes clés. Regarde dans la poche des eaux, elles sont peut être tombées au fond.
J’ai très mal. Il est temps. On m’emmène en salle de travail. Un monsieur s’approche avec une seringue et me propose de me piquer. C’est de la bonne, c’est ma première fois et en plus elle est légale. Elle s’appelle péridurale. Elle te fait planer, te donne envie de rigoler, et fait de tes contractions tes meilleures copines. Tu te surprends même à dire à l’Homme, assis à tes coté un brumisateur à la main « Mais en fait c’est trop facile d’accoucher, même pas mal, on recommence quand tu veux ». C’était donc AVANT l’épisio, bien entendu.

Tout s’est enchainé. Tu as retrouvé les clés. J’ai poussé. On m’a dit de recommencer. J’ai re-poussé. Tu as pleuré. Je t’ai imitée.

C’était il y a trois ans, jour pour jour.

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3 réflexions sur “3 ans, jour pour jour

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