Ça ne tourne pas rond…

saut dans les flaques

J’avais passé une journée de merde. Une vraie journée de merde. J’avais lu dans la même journée les pires nouvelles du monde. Du moins c’est le ressenti que j’avais.
Pourtant, on le sait que ça ne tourne pas rond mais ce jour là, j’avais cumulé malgré moi les lectures accablantes. Des choses terribles qui s’ancrent dans ton esprit, des images insoutenables qui se gravent dans ta mémoire, te donnent le tournis et l’envie de hurler toute l’injustice et l’absurdité de ce monde.

Ça a commencé dès le matin, tôt. En faisant ma veille quotidienne, dans le bus, je tombe sur un article de Vanity Fair relatant les dernières minutes du vol AF 447 Rio-Paris, disparu dans l’atlantique en mai 2009. Forcément ça te touche. Tu imagines ces gens sur leur siège, secoués comme des Orangina, pendant la chute de l’appareil. La panique à bord, les cris et puis le silence assourdissant. A tout jamais.
Ça m’a bien perturbée, pendant quelques heures, je ne cessais d’y penser. Qu’est ce que j’aurais fait si j’avais été dans l’avion ? A qui aurais-je pensé en dernier ? Est-ce que j’aurais eu le temps de prier ? Je pensais aussi aux deux enfants du pilote qui attendaient sagement leurs parents à l’aéroport. Que fait Little Jones en ce moment ? Ah oui elle est à l’école, c’est bien.

Un peu plus tard dans la journée, j’apprends l’exécution en Irak de deux homosexuels par Daech. Pas d’une balle dans la tête cette fois, mais jetés du haut d’un batiment devant une foule hystérique qui n’attendait que ça. Voir les deux corps tombés dans le vide tels des pantins désarticulés, et s’écraser au sol dans une marre de sang, voilà du divertissement pour ces gens. Oh et ce n’est pas tout, il y a eu aussi ces 12 enfants poursuivis par des membres de l’Etat Islamique, capturés et assassinés. Leur crime ? Avoir regardé le match de foot Irak/Jordanie, Coupe d’Asie des Nations.
Ça commençait à faire beaucoup là. Bordel mais le monde est fou. Alors je suis nulle pour donner mon avis, faire des critiques géopolitiques, analyser les faits de société. C’est pas mon truc, je sais juste dire les choses comme je les ressens. Et ce que je ressens à ce moment c’est mon cœur qui bat très fort et ma tête qui ne comprend pas.

Un thé au jasmin, je me remets au travail. Un peu de légèreté ne fera pas de mal, je me plonge dans la rédaction d’un article déco.

Une pause. Je surfe un peu et voilà que je tombe sur une photo partagée sur Facebook par une copine. Cette photo, c’est celle d’une jeune femme, apparemment, et de sa fille de 3 ans qui l’embrasse. Je dis apparemment, car les deux sont dévisagées. La peau brulée, le visage déformé. La mère est aveugle, la fille n’a plus qu’un œil. C’est insupportable mais je veux savoir, même si je sais déjà. Cette jeune femme iranienne, ne supportant plus la séquestration et les coups de son mari, a osé demander le divorce. Il a donc répliqué en les aspergeant, elle et sa fille, d’acide pendant une nuit.
Elles sont défigurées. A tout jamais. Elles sont marquées à vie, psychologiquement et physiquement. La petite embrasse sa maman sur la photo, les seuls baisers qu’elles reçoivent ce sont ceux qu’elles se donnent toutes les deux. Parce que plus personne ne les embrassera jamais. Elles sont soudées pour la vie, unie dans le malheur et l’horreur du genre humain. Et le pire, c’est qu’elles ne sont pas les victimes la-bas, elles l’ont bien cherchées après tout…
La petite ne dort que dans les bras de sa mère, elle a peur de la nuit car c’est à ce moment que l’attaque à l’acide a eu lieu. Sur sa propre fille. BOR-DEL.

Little Jones a peur de s’endormir le soir. Elle réclame notre présence, trouve des prétextes pour qu’on s’attarde dans sa chambre, dit qu’elle ne veut pas rester seule. On est fatigués, on veut qu’elle se couche, on se fâche un peu, on dit Maintenant ça suffit, c’est l’heure de dormir.

Ce soir là, je lui ai dit de venir dans mon lit. Elle s’est glissée sous la couette, le sourire jusqu’aux oreilles, je l’ai serrée très fort, plus fort que d’habitude. Je voulais la sentir et m’imprégner de l’odeur de ses bouclettes. Elle sent la cerise et le Mustela. Je la dévore de bisous, elle me dit Arrête maman, z’aime pas les bisous. Encore un dernier et j’arrête promis ! Bon d’accord…
Sous la couette, j’oublie un peu ce que j’ai lu et vu, je retrouve un peu de sérénité. Jusqu’au lendemain. Jusqu’à ma prochaine veille dans un bus TCL.

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