Dis lui toi que je t’aime

Papillon à marseille

Je viens d’une famille peu démonstrative. On est pudiques, on est réservés, on ecoute plus qu’on ne parle. On ne fait pas de démonstration, pas de long discours, pas d’étalage.
Pourtant on est sensible. On pleure, on rit, on a les émotions qui débordent pour un oui ou pour un non. On se comprend, on se soutient, on s’aime. Même si on ne le dit pas, même si on ne le montre pas. La famille c’est sacré et ce n’est pas une question de geste ou de parole.
C’est savoir interpréter un sms, un coup de fil, un regard. Un sos qui ne fait pas de bruit, discret comme on peut l’être dans cette famille. On préfère laisser deviner les gens plutôt que de prendre la parole sans y être invité.

Gardienne de cette pudeur, cette mère peu bavarde mais aimante et bienveillante. Exigeante et attachante à la fois. Une mère-poule certainement, une mère-courage assurément. Qui s’énerve autant qu’elle pardonne facilement. Qui sait donner de l’affection dans l’intimité, quand le calme est retombé. A la lumière de sa lampe de chevet, lui confier tous nos secrets. Raconter ce garçon qui nous a quittée, ce contrôle de math que l’on a raté, cette soirée où l’on aimerait bien aller… Et puis il y a les soucis, la maladie. Droites comme des i dans la tempête, nous plions parfois mais ne rompons pas.  Petit à petit, la carapace tombe, les rôles s’inversent. Certes bien trop tôt… Mais est-on jamais préparé à prendre soin de ses parents ?

Je pensais être une mère peu empreinte à la démonstration. Par mimétisme familial, je m’imaginais dans la retenue. L’amour pudique mais sincère, le modèle que j’ai reçu et qui m’a construite telle que je suis. Mais je n’en suis rien. Je câline, je cajole, je suis tactile. J’ai besoin de la sentir, de la serrer, de la contempler. J’apprends sur le tas avec plus ou moins de réussite. Je suis impatiente, je m’emporte parfois mais ça ne dure pas. J’ai peur de crier trop fort et de lui faire peur. Je tâtonne beaucoup dans ce rôle de maman, qui m’angoisse autant qu’il me comble. Qui me remet en question constamment, qui me pousse dans mes retranchements… Mais est-on jamais préparé à prendre soin d’un enfant ?

Être mère ce n’est pas inné. En tout cas pas chez moi. Je ne me suis jamais dit que j’étais faite pour ça, que je serais mère quoiqu’il arrive. Je n’ai jamais rêvé d’avoir une grande famille. Une grande carrière oui, mais les enfants non merci. Les années passent, les espoirs changent, les désirs auxquels on ne s’attendait pas naissent. Je n’ai pas eu la grande carrière, paralysée par le manque de confiance et d’estime de moi-même. Alors je me suis lancée dans un autre grand projet, avec l’homme que j’aime. J’étais à peu près certaine de le réaliser celui-là, d’aller au bout. Je suis mère et j’en suis fière, croyez moi. C’est épuisant mais c’est galvanisant. Je ne suis pas sur un plateau télé mais j’ai la plus précieuse des spectatrices à la maison, tous les jours auprès de moi. Qui veut mes cheveux longs, qui pique mon pinceau à blush, qui veut parler dans la radio et porter des talons hauts quand elle sera grande. Elle est fan de sa maman et je lui rends bien. Ma fille unique est unique. Difficile d’imaginer ma famille autrement, je n’ai que deux mains, l’une pour l’Homme, l’autre pour elle. L’équilibre semble parfait et j’ai bien trop peur de le déstabiliser…
Mais est-on jamais préparé à prendre soin d’un autre enfant ?

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